En France, près de 10 millions de chiens vivent aujourd'hui dans nos foyers. Et pourtant, dans beaucoup de villes, accéder à un espace vert reste compliqué pour eux. Quant à pouvoir y courir librement, c'est encore une autre histoire.
Chienne de Ville défend une idée simple : dans chaque ville, chaque arrondissement, les chiens devraient pouvoir accéder à des espaces verts dignes de ce nom et disposer de vrais moments de liberté.
Pas juste d'un carré grillagé ou d'une bande de béton baptisée « espace canin », mais de parcs, jardins et zones végétalisées où la cohabitation avec les autres usagers est organisée intelligemment.
Les parcs sont notre point de départ, parce qu'ils concentrent à eux seuls beaucoup de ce qui coince aujourd'hui : interdictions générales, manque d'alternatives, solutions face aux canicules, besoins des chiens, partage de l'espace public.
Et c'est précisément là que les villes peuvent agir et qu'on a besoin de vous.
C’est un peu comme interdire les vélos parce que certains cyclistes brûlent les feux rouges.
Aucune loi française n’interdit les chiens dans les parcs de manière générale. Leur présence est principalement réglementée localement, par les maires.
Certaines villes les accueillent largement et intelligemment ; d’autres ferment presque tous leurs jardins. Aucune logique commune, et souvent très peu d’explications.
Les problèmes invoqués sont connus : déjections, chiens mal maîtrisés, peur des morsures, protection de la biodiversité. Ils existent.
La réponse choisie est souvent plus expéditive : tout le monde dehors.
Dans les autres domaines de la vie collective, on essaie généralement de distinguer l’usage de l’abus.
Avec les chiens, le panneau d’interdiction reste étonnamment populaire.
Ce panneau est fascinant. En deux formes et un trait rouge, il raconte toute une vision de la ville.
Le chien gambade. L’humain marche tranquillement, la tête levée, comme quelqu’un qui profite enfin d’un peu d’air et de verdure. Rien ne déborde, rien n’agresse, rien ne menace.
Et pourtant, tout est barré.
Ce pictogramme ne dit pas seulement « Interdit aux chiens », il dit : « Défense d'être heureux. ».
Vous trouvez ça absurde ? Nous aussi.
Un chien a besoin de marcher, évidemment. Comme il a besoin de sentir, chercher, explorer, rencontrer d’autres chiens, découvrir des endroits nouveaux et pouvoir courir.
La balade exclusivement urbaine a ses limites : trottoir, circulation, foule, bruits, laisse, interdictions.
À force de vivre dans un environnement très contraint sans vraies possibilités de décompression, certains chiens accumulent stress et frustration. Le manque d’activité et de stimulation peut favoriser des troubles du comportement, la sédentarité et l’obésité.
Et ce qui commence comme un problème de bien-être animal finit assez facilement par devenir un problème de voisinage.
Un chien stressé peut davantage aboyer, réagir aux passants ou aux autres chiens, développer des peurs ou des comportements difficiles à gérer.
Dans les situations les plus difficiles, ces problèmes peuvent aussi fragiliser la relation avec leurs propriétaires et contribuer au rejet, voire à l’abandon.
Parce que des chiens plus détendus dehors sont aussi plus faciles à vivre dedans.
Canis familiaris est une espèce sociale, qui a besoin d'interactions quotidiennes avec ses congénères. Ces rencontres ne peuvent se faire en laisse puisqu'elles conduisent dans ce cas à des agressions, les chiens ne pouvant pas s'ajuster au comportement de l'autre, comme ils le font lorsqu'ils sont en liberté.
Les chiens ont aussi besoin d'exprimer leur comportements locomoteurs et d'exploration en liberté. Bien évidemment le maintien en laisse ne leur permet pas cela.
Cela induit de nombreux comportements indésirables comme des aboiements, des comportements répétitifs et bien sûr des agressions vis à vis des autres chiens comme des humains.
Les parcs à chien ne résolvent en rien ces problèmes, puisqu'ils sont souvent occupés, squattés, par des personnes possédant des chiens peu éduqués. Ces derniers sont parfois agressifs et les propriétaires sans contrôle sur eux. Des études ont montré que de nombreux propriétaires évitent ces parcs pour cette raison et que les seuls parcs utiles aux chiens sont ceux sans clôture, sélectionnant indirectement les chiens ayant du rappel et un minimum d'éducation.
Puis il y a l'été.
Quand le bitume chauffe, les possibilités de promenade diminuent brutalement. Les chiens supportent mal les fortes températures et peuvent rapidement souffrir de déshydratation ou de coups de chaleur.
Dès les beaux jours, la température au sol peut déjà devenir autrement moins sympathique que celle affichée par la météo : en plein soleil, le bitume peut atteindre 50 à 60 °C, voire davantage lors des fortes chaleurs.
Les endroits où l’on trouve de l’ombre, de la végétation et des sols plus frais ont justement un nom : les espaces verts.
Leur interdire l’accès est déjà difficile à comprendre le reste de l’année. En période de canicule, ça devient franchement indéfendable, pour ne pas dire criminel.
La vie des chiens en ville (et la nôtre) est de plus en plus bétonnée par nos choix d'aménagement. Et ce dérèglement climatique, on en connaît l’origine : nos activités humaines. Et au moment même où l’on cherche partout de l’ombre et des îlots de fraîcheur, on continue à laisser des chiens sur le trottoir, parfois à quelques mètres d’un jardin qui leur est interdit. Les parcs deviennent des refuges climatiques. Ils ne devraient pas l’être uniquement pour les humains.
Parce qu’avant de contester une règle, autant savoir ce qu’elle dit vraiment.
Le maire doit prendre les mesures nécessaires pour empêcher la divagation des chiens et des chats. Il peut notamment réglementer leurs conditions de circulation et imposer la laisse ou la muselière dans certains espaces.
Un chien est considéré comme divaguant lorsqu’il n’est plus sous la surveillance effective de son maître, qu’il est hors de portée de rappel ou éloigné de plus de 100 mètres de la personne qui en est responsable, hors exceptions prévues par la loi.
Le maire est chargé du bon ordre, de la sécurité, de la tranquillité et de la salubrité publiques. C’est notamment sur cette base qu’il réglemente la présence des chiens dans l’espace public.
Le propriétaire d’un animal, ou celui qui en a la garde, est responsable des dommages qu’il cause.
Le droit permet déjà d’autoriser les chiens, d’imposer la laisse, de protéger certaines zones, de responsabiliser les propriétaires et de sanctionner les comportements problématiques.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, aucune grande règle nationale n’impose d’interdire les chiens dans les parcs et jardins. Une grande partie de ces règles relève des communes et des pouvoirs de police du maire.
Lorsqu’une ville interdit les chiens dans un parc, elle devrait pouvoir expliquer pourquoi cette mesure est nécessaire et pourquoi des solutions moins contraignantes ne suffiraient pas. C’est précisément ce que nous avons l’intention de lui demander.
Nous ne demandons pas aux villes de nous croire sur parole. Nous leur demanderons de justifier les leurs.
Il y a deux principes qui semblent assez évidents.
Un chien tenu sous contrôle devrait pouvoir entrer dans un parc ou un jardin. Certains lieux justifient évidemment des règles particulières : aires de jeux, jardins fragiles, réserves écologiques, zones où nichent certaines espèces.
Ailleurs, l’interdiction systématique mérite au minimum d’être réexaminée.
Pas forcément partout et toute la journée, mais des espaces et des horaires où les chiens peuvent être détachés suffiraient déjà à changer beaucoup de choses.
Plusieurs modèles existent :
Quelques idées semblent valoir un essai.
On peut partager un espace sans demander à tous ses usagers d’y faire exactement la même chose au même moment.
Liberté tôt le matin ou en soirée, laisse pendant les heures de forte fréquentation : Madrid et New York utilisent déjà ce type de fonctionnement dans certains parcs.
Ça ne coûte ni travaux ni béton supplémentaire.
Déjections laissées au sol, chien dangereux ou incontrôlé, non-respect d’une zone protégée : les sanctions ont leur place.
Elles gagnent simplement à viser la personne qui enfreint la règle. Amendes adaptées, contrôles et mesures renforcées en cas de récidive font partie des pistes évidentes.
Des éducateurs canins pourraient être présents ponctuellement dans certains parcs : conseils, prévention, médiation, accompagnement des propriétaires qui en ont besoin.
Une ouverture expérimentale pendant quelques mois permet de regarder ce qui se passe réellement : fréquentation, incidents, propreté, plaintes, satisfaction des différents usagers.
Si ça fonctionne, on continue. Si on découvre des problèmes, on corrige.
Mieux partager la ville, ça va dans les deux sens.
Si nous demandons plus de liberté pour les chiens, il faut aussi être irréprochables sur ce qui dépend de nous.
Ramasser les déjections, évidemment. Garder son chien sous contrôle et le rappeler lorsqu’il gêne quelqu’un. Ne pas imposer une interaction à une personne ou à un chien qui n’en veut pas. Respecter les zones réellement sensibles. Et en ville, avoir quelques réflexes simples, comme emporter une petite bouteille d’eau pour rincer l’urine sur les façades, les pieds d’immeubles ou le mobilier urbain.
Nous demandons plus de liberté, pas un passe-droit.
Des premières pistes à discuter.
Certaines villes ont expérimenté des bases ADN permettant d’identifier les propriétaires qui ne ramassent pas les déjections de leur chien.
L’idée est séduisante sur le papier : faire payer les responsables plutôt que pénaliser tous les propriétaires. Son efficacité, son coût, sa proportionnalité et les questions qu’elle soulève en matière de données personnelles méritent toutefois d’être sérieusement évalués.
Déjections non ramassées, chien réellement dangereux, récidives : des points pourraient être retirés, avec sanctions renforcées ou formation obligatoire à la clé.
Paris est un bon endroit pour commencer.
parcs, jardins et squares
espaces verts officiellement annoncés comme accessibles aux chiens tenus en laisse
espace vert autorisant les chiens en liberté
espaces canins aménagés où les chiens peuvent être détachés
grands espaces de liberté de plus d’un hectare en périphérie de Paris
Sur le papier, ça a l'air bien.
Dans la réalité, un peu moins.
Beaucoup sont petits, très minéraux, parfois presque entièrement bétonnés. Ils peuvent être utiles, mais ils ne remplacent pas un vrai accès à un parc.
Le chiffre est officiel.
Il mérite juste qu’on regarde ce qu’il recouvre.
Moins d’un parc, jardin ou square parisien sur trois est annoncé comme accessible aux chiens en laisse.
Et même dans ce tiers, les chiens restent cantonnés aux allées : les pelouses et les massifs végétalisés leur sont interdits.
Derrière une même appellation d’« espace vert », on trouve aussi des réalités très différentes : de vrais parcs et jardins, mais aussi des promenades, des portions d’allées et de minuscules morceaux de verdure.
Autrement dit, 165 espaces verts accessibles ne signifient pas 165 endroits où un chien peut réellement profiter d’un espace vert.
Au parc Monceau, une zone permet enfin aux chiens d’évoluer sans laisse au cœur d’un vrai parc.
Il faut saluer l’initiative de la mairie du 8e et de sa maire, Catherine Lécuyer, qui ont choisi d’expérimenter plutôt que d’interdire par principe.
C’est une expérimentation dont le principe est simple : leur offrir de la liberté dans un espace identifié, avec des règles communes et un peu d’accompagnement.
Pendant que les chiens courent, jouent et reniflent, le parc continue d’exister autour d’eux.
On aimerait beaucoup que l’expérience ne s’arrête pas là.
Qu’elle soit pérennisée si elle fonctionne.
Et surtout qu’elle donne à d’autres arrondissements l’envie d’essayer à leur tour.
Un grand merci au Monceau.Dog.Club qui s’engage chaque année pour que les chiens et les habitants du quartier puissent profiter de ce moment de grâce.
On commence par Paris parce qu’on peut documenter Paris.
Mais Chienne de Ville est une plateforme citoyenne et on ne peut pas être dans chaque parc de chaque ville de France.
Vous, oui.
Votre mairie annonce dix espaces accessibles et vous n’en trouvez que trois ? Votre caniparc est un rectangle de terre entre deux routes ? Un jardin interdit les chiens sans raison apparente ? À l’inverse, un parc partage très bien l’espace entre ses différents usagers ?
Envoyez-nous les faits, les photos et les sources.
Les chiffres officiels, c’est bien. Le terrain, c’est mieux.
Balance ton parc
La bonne nouvelle, c’est qu’on n’a pas besoin de tout inventer.
{{ c.text }}
Des villes, des cultures et des règles très différentes. Une idée commune pourtant : plusieurs usages peuvent cohabiter dans un même espace.
Des années de travail, de démarches, de propositions et parfois de patience.
Partout en France, des associations, des collectifs et des groupes locaux travaillent depuis longtemps sur la place des chiens dans la ville. Certains se regroupent pour porter une parole commune auprès des pouvoirs publics, d’autres agissent à l’échelle d’un quartier ou d’un square.
Chienne de Ville n’a pas vocation à les représenter. Nous voulons aider davantage de citoyens à connaître leur travail, à le soutenir et à agir à leur tour.
Cette page permet aux structures qui le souhaitent de présenter leurs démarches, de partager leurs documents et de garder une trace de ce qui avance, de ce qui bloque et de ce qui reste à faire.
Elles connaissent le terrain. Nous pouvons aider à faire circuler leur travail un peu plus loin si elles le souhaitent.
Et surtout, elles peuvent nous dire comment les outils de Chienne de Ville pourraient leur être utiles.
Un courrier qui a marché quelque part peut faire gagner six mois à quelqu’un d’autre.
Découvrir le coin des associations
Alors autant ne pas en rester là.
Écrire à sa mairie, documenter un parc, contester une verbalisation, proposer une idée, soutenir le mouvement : il y a plusieurs façons de faire bouger les choses.
Agir